Après le transport et marchand, l’ubérisation progresse et embrasse même les secteurs a priori non marchands. Le voilà à l’assaut de la santé. Avec Uber Health qui s’adresse aux hôpitaux et cliniques. Il paraît que ce service est né de la volonté du VTCiste qui répond à un besoin criant de la population américaine de l’autre côté de l’Atlantique : apparemment plus de trois millions de personnes vivant aux USA ont un risque de manquer des rendez-vous médicaux en raison d’un manque de moyens de transport fiables et disponibles. Dois-je rappeler que Uber prospère souvent là où les prix sont élevés et les services (en l’occurrence l’offre de transport) assez mal couverts. S’il a réussi à imposer sa stratégie de diversification en créant, UberX, UberCOPTER, UberPOOL, UberEATS, UberBIKE ou plus récemment Uber Express POOL), a-t-il l’opportunité de s’installer dans le monde de la santé en France.

Il est difficile de le savoir sachant que le nouveau modèle avance souvent le visage masqué, mais sûrement en dehors des USA. Mais rappelons au patron de Uber que l’Amérique n ‘est pas la France. Nous l’avons démontré à plusieurs titres et pardon, triste réalité, macron n’est pas Trump ! de plus en France, il y a des mouvements sociaux qui lui rappelleraient très rapidement que la santé n’est pas négociable, malgré l’avancée sibylline de la médecine privée et à plusieurs vitesses. En fait, chez nous c’est un domaine fortement réglementé ou la machinerie de la sécurité sociale régente le jeu. En matière de transport, il existe le Samu et le Smur, spécificités françaises. Certes on peut revoir tout cela et négocier des procédures pour faire de la place à Uber ! Mais vu la dégradation de la qualité de service observée aux USA, par exemple, l’on est droit de se poser la question de la capacité de cet entrant à prendre en charge le transport des personnes malades.

Mais Uber donne des gages de flexibilité et d’adaptabilité. Ainsi, le nouveau service s’inspire franchement d’Uber Central, qui permet aux entreprises de commander, de gérer et de régler des courses pour leurs collaborateurs ou leurs invités Tiens ! A l’instar des ambulances. Leurs acteurs apprécieront même s’il ne s’agit pas d’une alternative aux ambulances, rassure le patron d’Uber.

En attendant de vérifier l’application du concept en grandeur réelle sur le terrain, la nouvelle prestation fait l’objet de tests depuis juillet 2017 avec 100 établissements de santé aux États-Unis.

Dans le cadre d’Uber Health, les fournisseurs de soins de santé peuvent accéder à un tableau de bord qui leur permet de réserver des trajets pour leurs patients, en indiquant simplement le nom de celui-ci, le lieu de prise en charge et le type de véhicule souhaité. Une fois la course commandée, les patients sont informés du trajet prévu par un message envoyé sur leur smartphone, même s’ils n’ont pas de compte Uber. La plateforme de VTC prévoit d’étendre le service pour que les personnes disposant seulement d’un téléphone fixe puissent obtenir des informations sur leur trajet.

L’occasion de s’appesantir sur l’autre vrai problème que rencontrerait le géant Vpciste sur le terrain : la gestion, le traitement et le stockage des données personnelles qui ont plus sensibles encore de ce côté-ci de l’Atlantique. Uber Health stocke toutes les informations sur chaque trajet, mais uniquement sur des serveurs conformes à la loi Us HIPAA, loi américaine qui impose à tous les intervenants du secteur des soins de santé aux États-Unis de protéger les informations détenues sur les patients. Elle est quelque part l’équivalent du dispositif HDS qui donne l’autorité et la légitimité de gérer les données personnelles . Mais en plus, il faut être compatible GDPR. Important pour ce vpciste qui vient de connaître un épisode douloureux avec le vol de ses données.

En clair, il a un réel défi de sécurité à gérer. Et doit se prémunir contre le risque de viol (vol) des données qui auraient touché 50 millions de clients et de 7 millions de chauffeurs, il y a longtemps.

Pour séduire les entreprises de transport, Uber l’intégration d’une Api qui prévoit d’intégrer le service dans leur logiciel de gestion des patients existant.

En définitive, Uber Health est sur un nouveau créneau, attiré certainement par quelques taxis qui s’y sont installés, pour palier la faiblesse et les limites des prétendus ayant droit historiques. Les taxis privés qui se sont engouffrés dans cette offre servicielle ont dans leur sillage invité Uber à la table des malades. Ils devront en payer les frais sachant que le géant américain finira par mettre ses potentielles menaces à exécution. Bonjour le pugilat en perspective, si vous voyez ce que je veux dire. Et donc des clients pour Uber au final dont on la plongée en santé ne présage rien de … Healhty, à tout le moins en France.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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