Il a été réalisé en partenariat avec le Centre for Economics and Business Research (CEBR). En complément, le Lloyd’s publie également l’étude « Innovative Finance for Resilient Infrastructure », réalisée par le Center for Global Disaster Protection en collaboration avec le département du Développement international du Royaume-Uni et soutenue par le Lloyd’s et le Risk Management Solutions (RMS).

Pour mémoire, le rapport « A World at Risk » examine les niveaux d’assurance de catastrophes naturelles et de multiples secteurs à travers 43 pays dans le monde. En Europe, il révèle que les niveaux de cyber-assurance sont plus bas que dans les autres économies développées et que les progrès pour réduire le niveau de sous-assurance de certains risques climatiques restent limités, alors que la gravité et la fréquence des catastrophes liées aux conditions météorologiques ont augmenté.

Pour ce rapport, la sous-assurance contre les risques cyber affaiblit la capacité de l’Europe à faire face à des menaces croissantes, observe le rapport. Plus généralement, les catastrophes naturelles et les nouveaux risques liés à la sécurité cyber constituent une menace croissante pour l’économie mondiale.

Pourtant le recours à l’assurance doit suivre le rythme de l’évolution du contexte des risques et des pertes potentielles de PIB pour fournir une protection adéquate et soutenir une croissance résiliente.

Des chiffes illustrent cette sous-assurance : si l’Europe présente un taux moyen de pénétration de l’assurance (2,9%) légèrement supérieur à la moyenne des 43 pays analysés réunis (2,1%), elle affiche un taux de couverture en assurance cyber inférieur à ceux d’autres économies développées, laissant les économies de la région sous-assurées face à l’impact potentiel des attaques cyber. Certains risques dans les économies développées restent sous-assurés, notamment les risques liés aux tremblements de terre et aux inondations en Europe.

Selon cette étude du Lloyd’s, les actifs sous-assurés dans le monde aujourd’hui sont estimés à 163 milliards de dollars laissant un écart dans l’exposition aux risques qui représente une menace importante pour les moyens de subsistance et la prospérité dans le monde.

Menée conjointement avec le Centre for Economics and Business Research (CEBR), elle montre qu’en dépit de la croissance économique générale dans le monde, ces dernières années et de l’augmentation des nouvelles menaces, la réduction du déficit d’assurance n’a pas atteint les 3% au niveau mondial depuis la publication du premier rapport du Lloyd’s sur la sous-assurance en 2012. Ces progrès sont limités alors même que la gravité et la fréquence des catastrophes liées aux conditions météorologiques ont augmenté. De même, des risques mondiaux tels que la cybercriminalité apparaissent et évoluent rapidement, constituant des menaces nouvelles et complexes pour la société. Ces tendances devraient se poursuivre dans les prochaines années.

Alors que le taux de pénétration d’assurance est nettement plus élevé dans les pays développés que dans les économies émergentes, le niveau d’assurance cyber en Europe est inférieur à celui des Etats-Unis. Le faible taux de recours à l’assurance cyber est dû en partie à l’absence d’un cadre réglementaire strict en Europe avant l’introduction du règlement général sur la protection des données (RGPD) entré en vigueur cette année. En 2016, le taux de pénétration de l’assurance cyber était de 30% en Allemagne et de 36% au Royaume-Uni contre 55% aux Etats-Unis. On estime que les attaques cyber mondiales ont coûté aux entreprises entre 445 et 608 milliards de dollars pour la seule année 2017. Avec le RGPD et ses obligations en matière de notification des atteintes à la protection des données, la demande d’assurance contre les risques cyber devrait augmenter en Europe.

D’autre part, le rapport montre également que la situation en matière d’assurance en Europe n’est pas uniforme. Tous les pays européens ou les différents secteurs de l’économie n’affichent pas un même niveau de sous-assurance. Les Pays-Bas restent le pays où le taux de pénétration de l’assurance est le plus élevé au monde, avec un taux de 7,7 %.

Plus précisément, le rapport donne un aperçu de l’impact des catastrophes et de la sous-assurance dans les pays européens suivants :

en France, le changement climatique a un impact significatif sur le secteur agricole et en particulier sur les régions viticoles. En avril 2017, un printemps précoce, combiné à de fortes gelées, ont eu un impact dévastateur sur les vendanges. Les pertes liées à ces conditions climatiques extrêmes sont estimées à 4,2 milliards de dollars, dont seulement 0,95 milliard de dollars (soit moins d’un quart) étaient assurées. Outre-Rhin, certaines régions sont particulièrement exposées aux inondations, comme la Bavière et la Saxe. En 2013, le Danube a atteint des niveaux records depuis 500 ans, faisant 26 morts et occasionnant 17,4 milliards de dollars (0,46% du PIB) de dégâts. La gestion de ces risques croissants face aux changements climatiques devrait être une priorité pour les urbanistes. En outre, bien que l’industrie manufacturière soit un secteur dominant dans l’économie allemande, la pénétration de l’assurance dans ce secteur est inférieure à celle de la France ou de l’Irlande.

En Italie, les tremblements de terre représentent un risque considérable, mais le rapport montre que la sous-assurance dans ce domaine persiste. Entre 2014 et 2017, ce pays a subi des pertes élevées dues à des catastrophes naturelles non assurées, y compris les pertes dues à une série de tremblements de terre, mais seulement 12% de ces pertes étaient assurées.

Selon ce rapport, le changement climatique restera un facteur de risque majeur en Europe, les régimes climatiques devenant de plus en plus erratiques. Les catastrophes naturelles et les risques climatiques pourrait réduire la production économique en Europe de 13,34 milliards de dollars. En outre, les économies européennes étant des économies développées, les risques commerciaux tels que les attaques cyber sont en hausse. Actuellement, les villes européennes risquent de perdre chaque année 9,36 milliards de dollars à cause de ce risque, comme le montre le Lloyd’s City Risk Index.

Ces risques sont mieux gérés en investissant dans la résilience, notamment dans la construction d’infrastructures et de bâtiments de meilleure qualité, ainsi que dans l’assurance pour réduire ou atténuer les effets des catastrophes naturelles. Diverses études suggèrent qu’en moyenne, les avantages de la résilience (au sens large) sont quatre fois plus importants que les coûts. Selon Bruce Carnegie-Brown, Président du Lloyd’s, « l’assurance est l’un des principaux contributeurs à la reprise après sinistre, fournissant souvent l’aide financière critique pour porter secours le plus rapidement possible. Des solutions d’assurance innovantes peuvent permettre aux gouvernements d’obtenir rapidement un allègement financier après une catastrophe, en se déchargeant du fardeau qui pèse sur eux et sur les contribuables. Si l’assurance n’est pas disponible, les catastrophes peuvent avoir un impact beaucoup plus important sur les économies et les vies. » et d’ajouter : « le secteur de l’assurance souhaite travailler avec les gouvernements pour aider le public à connaître les produits d’assurance disponibles et améliorer l’accès à ces produits. Ensemble, nous pouvons contribuer à lutter contre la sous-assurance et donner aux populations des économies les plus exposées du monde la sécurité dont elles ont si désespérément besoin. »

Le second rapport du Centre for Global Disaster Protection – une collaboration du Department for International Development (DfID) du Royaume-Uni, soutenu par le Lloyd’s et Risk Management Solutions (RMS) – a également publié aujourd’hui un rapport intitulé Innovative Finance for Resilient Infrastructure. Cette enquête explore quatre nouveaux instruments financiers qui pourraient participer à combler le déficit en assurance dans les pays à faible revenus et encourager les investissements afin de renforcer leur résilience. Et souligne l’importance du rôle joué par les assureurs qui apportent les capacités nécessaires en fournissant des liquidités après une catastrophe, en protégeant les bilans des gouvernements et les contribuables. Sur ce point, Daniel Stander, Directeur Général mondial de RMS, a déclaré :« Ceux qui n’ont pas les moyens d’assumer les coûts supplémentaires afin de construire d’une manière encourageant la résilience ont encore moins de chances d’avoir les moyens de reconstruire après une catastrophe. Quantifier au plus près les avantages d’investir dans la résilience est donc fondamental. Les quatre produits ont été conçus dans cet esprit. L’objectif est double : réduire le coût initial de la construction résiliente et financer le risque résiduel. Ainsi, les avantages de l’assurance pourront bénéficier à ceux qui en ont le plus besoin. »

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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