L’élection présidentielle a été l’occasion pour les banques, les compagnies d’assurance et les sociétés de gestion de mettre en garde contre les menaces qui pèsent sur l’épargne longue. Toutefois, d’accord sur la nécessité de favoriser le développement de celle-ci, les différentes familles divergent sur les moyens d’y parvenir, chacune prêchant pour sa propre paroisse.

Depuis quelques années l’épargne notamment de long terme est confrontée à un triple choc : une crise financière larvée, la perspective d’une réforme réglementaire contraignante et une pression croissance de la fiscalité. Face à cette situation préoccupante, banques, compagnies d’assurance et sociétés de gestion ont profité de l’élection présidentielle pour tirer la sonnette d’alarme. Livres blancs de Paris-Europlace et de l’Afic (capital-investissement), manifeste des assureurs pour « une politique d’épargne à long terme », panorama du financement de l’économie par les banques, etc., les contributions au débat national sur l’épargne se sont multipliées.

En interpellant les candidats à l’élection présidentielle, ces collecteurs d’épargne poursuivent un double objectif. D’une part, éviter que les politiques d’austérité budgétaire ne servent de prétexte pour rogner, voire supprimer les avantages fiscaux de certains produits de placement, dont l’assurance vie, au risque de déstabiliser les circuits de financement qu’ils supportent. D’autre part, attirer l’attention des Pouvoirs publics sur les risques que les nouvelles réglementations en préparation font peser sur la capacité des banques et des assureurs à contribuer au financement de l’économie.

Telles qu’elles sont envisagées, les règles de Bâle 3 vont empêcher les banques d’utiliser des dépôts à vue et à court terme pour financer des prêts à long terme. Or, la disparition de cette fonction de « transformation des liquidités », qui constitue la raison d’être des banques, sera d’autant plus préjudiciable pour l’économie que la crise actuelle accentue le penchant naturel des ménages à préférer des placements liquides et sans risques, au détriment de l’épargne de long terme.

De la même façon, la mise en œuvre de Solvabilité 2 va contraindre les assureurs à déserter progressivement le marché actions, à un moment où celui-ci traverse une phase particulièrement difficile. « Le placement en actions est aujourd’hui le plus taxé et le plus risqué, alors qu’il est le plus utile au financement de l’économie », se désespère Gérard Mestrallet, président de Paris-Europlace.

Pour ces professionnels, si rien n’est fait pour réconcilier les Français avec les placements financiers de long terme, leur épargne sera détournée vers l’immobilier, rendant ainsi le financement de l’économie nationale de plus en plus dépendant de l’étranger. « Le capital-investissement, qui gère plus de 80 Mds d’euros investis dans 5 000 entreprises en France, est désormais financé par l’épargne étrangère », s’alarme Hervé Schricke, président de l’Association française des investisseurs en capital (Afic).

Toutefois, d’accord sur ce constat alarmant, les différentes familles de collecteurs d’épargne divergent sur les moyens d’y remédier. Pour les banques, la solution passe par la création d’un livret d’épargne de long terme défiscalisé, quitte à « cannibaliser » partiellement l’assurance vie. Un avis qui n’est évidemment pas partagé par les assureurs. Pour eux, si l’assurance vie s’est imposée comme le principal véhicule de l’épargne des ménages, c’est parce qu’elle permet de poursuivre des objectifs différents et donc de répondre aux besoins de chacun. Le produit doit donc être consolidé en préservant ses avantages fiscaux.

En attendant, pour les uns et les autres, l’ennemi à abattre est le Livret A, ce produit sans risque, parfaitement liquide et qui rapporte 2,25 % hors impôts. Les banques, qui se sont pourtant battues pour le distribuer, sont frustrées parce qu’elles ne conservent que le tiers de la collecte, le reste étant centralisé auprès de la Caisse des Dépôts & Consignations pour le financement du logement social. Quant aux assureurs, ils y voient un facteur de concurrence, pas totalement étranger au passage à vide que traverse actuellement l’assurance vie.

Mohamed Fadili ©CAPA Conseil

La rédaction
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