Les Corps de métiers variés (conseillers en investissements financiers, courtiers en assurances, banquiers privés, gérants de portefeuilles) soutient l’amendement, adopté par le Sénat et autorisant la transférabilité de l’assurance vie. Et soutiennent une lettre ouverte pour cette cause. De son côté, la CLCV a dénoncé hier la perte de pouvoir d’achat des épargnants, entrainée par la baisse de rendements de l’assurance vie, dont la moyenne est inférieure au niveau de l’inflation). L’association revendique notamment plus de transparence sur le coût des contrats et appellent les professionnels à faciliter les transferts d’un assureur à l’autre.

La loi PACTE, dans son volet “épargne”, affiche son ambition : flécher l’épargne des Français vers l’économie productive. Les objectifs sont aussi clairement posés : d’une part permettre à nos entreprises de mieux se financer, d’autre part, accroître les revenus de l’épargne de nos concitoyens. Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement mise principalement sur deux mesures. Premièrement, la suppression du forfait social pour encourager l’épargne salariale dans les PME. Deuxièmement, la simplification des dispositifs d’épargne retraite, pour encourager l’épargne de long terme

 Ces idées sont bonnes. Cependant, en éludant l’assurance vie, le PACTE n’est pas à la hauteur de son ambition.

Le “placement préféré des Français” représente 1 700 milliards d’euros alors que tous les dispositifs d’épargne-retraite combinés peinent à dépasser 200 milliards d’euros. Soyons clairs, la retraite complémentaire des Français, c’est l’assurance vie. L’épargne de long terme des Français, c’est aussi l’assurance vie.

À ce stade, il convient de rappeler qu’encourager les épargnants à financer l’économie, c’est aussi les inciter à prendre plus de risques. Cette démarche est louable, mais elle doit être menée avec précaution. La crise des subprimes ou la déroute, plus récente, des crypto-monnaies, nous rappellent qu’il est nécessaire que les épargnants soient informés, conseillés et accompagnés. Cette mission incombe, entre autres, aux Conseillers en Investissements Financiers, profession encadrée par l’Autorité des Marchés Financiers, laquelle autorité est à juste titre exigeante sur le niveau de formation et sur les conditions d’exercice du métier.

Néanmoins, pour être bien accompagné, encore faut-il pouvoir choisir son conseiller et, surtout, pouvoir en changer librement. Or, l’assurance vie étant non transférable, changer d’établissement financier ne peut se faire qu’au prix d’un préjudice fiscal important. Le résultat, nous le connaissons. Le marché de l’assurance -vie sommeille et l’épargne dort. L’encours de l’assurance-vie est contrôlé, à 80%, par 10 bancassureurs. Souvent par facilité et parfois par manque d’expertise, ces établissements préfèrent orienter l’épargne de leurs clients vers le fonds en euros, fonds dont le capital est garanti, mais dont sa contribution au financement de l’économie est faible. Faible, le rendement du fonds en euros l’est aussi. À supposer que ce même stock devienne 1% plus rentable, c’est 13,6 milliards d’euros de pouvoir d’achat qui serait restitué aux épargnants chaque année.

L’amendement adopté par le Sénat, vise donc à redonner du choix aux Français et à rétablir une concurrence plus saine. Les premiers à y gagner, ce sont les épargnants et ils ne s’y trompent pas. Un

récent sondage indique que 86% des assurés sont favorables à l’amendement (8% n’ont pas d’avis). D’ailleurs, le sujet s’affranchit des clivages partisans. La transférabilité de l’assurance -vie a d’abord été proposée par les députés de la majorité avant d’être présentée et adoptée par les sénateurs de l’opposition.

À l’heure où les Français réclament plus de pouvoir d’achat et à l’heure où ils sont plus divisés que jamais sur les solutions à apporter, on s’étonne qu’une proposition qui n’engage aucune dépense publique, qu’une proposition aussi consensuelle, n’ait pas déjà été approuvée par le gouvernement.

Nous, professionnels de l’investissement et du patrimoine, soutenons la transférabilité de l’assurance-vie parce qu’elle redonne le pouvoir à 50 millions d’épargnants.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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