Comme chaque année, Deloitte publie son étude intitulée Insurance Trends. La mouture 2019 brosse, comme à l’accoutumée, le paysage assurantiel et ses tendances. Un constat, il en pleine évolution. Et la transformation numérique réinvente le métier et bouscule les compétences recherchées. La profession est en croissance globale et en profite pour accélérer sa mue sous l’effet d’un input : la technologie.

A l’instar de chaque année, l’enquête dégage les principales tendances dans ce domaine dont celles de l’intégration et de l’accompagnement des outils technologiques comme leviers de croissance. Elle souligne également les points de vigilance à observer dans un environnement réglementaire qui fait émerger des contraintes supplémentaires pour la profession.

En substance : 2019 confirme l’embellie du secteur de l’assurance. Car Portée par des conditions financières favorables, une politique de réduction des coûts et une stratégie commerciale déployée autour de produits moins consommateurs en capital, 2019 s’annonce sous de bons auspices pour les acteurs de l’assurance.

On note une croissance globale du chiffre d’affaires et du résultat opérationnel à l’embellie. Toutes branches confondues, elle s’établit à près de 4%. Un regain de l’activité également confirmé du point de vue des actionnaires avec une augmentation de 6% en moyenne de leur taux de dividendes. Pour Deloitte, cette dynamique qui devrait se poursuivre toute l’année. En 2018, l’engouement des compagnies d’assurance autour des actions menées dans le cadre de leurs politiques RSE, s’est révélé gagnant à tous les niveaux. Autant de signaux qui augurent d’une poursuite de leur performance en 2019.

Parallèlement, Deloitte met en relief une année exceptionnellement active dans les Fusions Acquisitions émaillée de la naissance d’AG2R La Mondiale Matmut le 1er janvier, puis l’acquisition de XL Group. Cette tendance se traduit également par le nombre croissant d’acteurs du Private Equity investissant dans des assureurs indépendants. Un marché résolument en mouvement, excepté pour l’assurance-vie qui se voit contrainte par les politiques monétaires accommodantes de la Banque Centrale Européenne.

Le Cloud et l’IA : nouveaux moteurs de croissance

Selon Eric Meisterman, Associé Conseil, responsable du secteur Assurance chez Deloitte, « la digitalisation des métiers et l’IA bouleversent tant les business models que les comportements clients obligent les assureurs à adapter leur stratégie. Bien que déjà intégré dans l’environnement technologique et la stratégie des assureurs, le Cloud est appelé à poursuivre son développement avec la modernisation des systèmes d’information et la migration de nombreuses applications. Au delà des réductions de coûts, Deloitte y voit un levier de compétitivité. Grâce aux capacités avancées de traitement et d’analyses de données du Cloud, les assureurs pourront améliorer leur processus de décisions métiers et obtenir un avantage concurrentiel en extrayant le maximum de valeur de leurs données.

Autre point souligné par l’étude, la question de l’intégration de l’IA dans les entreprises. La maturité digitale des acteurs issus des services financiers a fortement augmenté en 2018, tandis qu’en parallèle la part des investissements réalisés dans l’IA progressait de concert.  30 % des sociétés interviewées avaient ainsi investi plus de 5 millions de dollars dans les 12 derniers mois et 34 % entre 1 et 5 millions pour lancer des projets d’IA. Les champs d’application concernent principalement la transformation de l’expérience client vers plus de personnalisation et d’interaction, mais aussi des solutions prédictives pour cibler plus efficacement et engager une meilleure offre, ainsi que des applications liées directement à l’excellence opérationnelle avec notamment comme priorité la lutte contre la fraude.

Toutes ces innovations se positionnent comme des leviers de croissance pour les assureurs, qui profiteront de cette masse de données pour proposer des services à forte valeur ajoutée, tout en veillant à maîtriser l’aspect sécuritaire.

Face à une économie et à une société qui évoluent, les assureurs doivent également accélérer leur rythme d’innovation pour proposer de nouveaux produits d’assurance personnalisés. En cela, l’arrivée des FinTechs et InsurTechs, qui bousculent le marché avec un modèle et des produits novateurs, apparait comme un nouveau recours pour les assureurs. Il s’agit pour eux de profiter de cette tendance pour rester pertinents, de s’allier pour proposer des approches différenciantes et d’offrir un écosystème de services et de produits innovant. Le changement de culture d’entreprise, la modernisation des systèmes d’information existants et la capacité à exploiter les données pour piloter de nouveaux produits, seront les préalables nécessaires pour pouvoir répondre à ces nouveaux besoins. Cette approche technologique bouleverse les compétences recherchées et impose aux assureurs de formaliser en face une stratégie de talents. Dans le cadre d’une transformation en continu, ils doivent en effet accompagner la montée en puissance des compétences et des métiers et recruter de nouveaux profils, tels que des data scientist. L’étude souligne également que le recours à des formes de collaborations externes peut s’avérer une alternative intéressante pour attirer les meilleurs talents.

Des outils numériques qui exposent les acteurs aux nouveaux risques

Si le secteur de l’assurance est porté par l’innovation avec notamment l’arrivée des InsurTech, l’introduction de ces nouveaux business models pose le problème de la sécurité des SI. Classé en tête du baromètre 2019 des risques émergent pour le secteur de l’assurance et de la réassurance (source FFA), les outils numériques et leurs applications exposent davantage les assureurs aux cyber menaces. Ainsi, la sécurité des données est devenue une préoccupation majeure confortée par une augmentation du risque de 74% dans les secteurs de la finance et de l’assurance ces 2 dernières années. Dans ce contexte la France et l’Europe se sont dotées d’un cadre législatif et d’un arsenal de réglementations nationales et internationales pour accompagner et encadrer les entreprises, en particulier les assureurs, dans leur gestion de ces risques cyber et de la protection des données.

Mais cette exigence législative et sécuritaire constitue aussi réelle opportunité pour les assureurs. L’émergence des cybermenaces crée un nouveau marché, celui de la cyber assurance, qui pourrait doubler d’ici 2020 pour atteindre les 20 milliards de dollars. De plus, la donnée et la RGPD qui impactent notamment le processus de KYC (Know your Customer), ouvrent des perspectives en matière d’innovations et de captation de nouveaux clients.

Pour conclure, Julien Maldonato, Associé Conseil, Industrie Financière chez Deloitte constate que « l’émergence de ces nouvelles technologies et l’appréhension des nouveaux enjeux du secteur de l’assurance se font dans un contexte prudentiel où la supervision du risque de conduite des affaires connaît des évolutions majeures. Les fonctions conformité, risque et contrôle des organismes d’assurance seront un axe central de la politique de supervision ainsi qu’un enjeu sociétal majeur dans les prochaines années. »

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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