Emma1Le scandale injustement taxé de Chevalgate poursuit sa course folle médiatique, affrontant les obstacles, tel un équidé en pleine folie. L’on apprend désormais que la suite à donner aux conserves retirées du marché pose problème. Les attribuer aux ventres affamés serait scandaleux et honteux. Problème de riche.

Comment dites-vous ? Que ventre affamé n’a point d’oreille ? Je ne vous entends pas bien. Normal, j’ai été souvent affamé et sais de quoi je parle. Sans honte. Je ne le souhaite à personne. Ceux qui lisent régulièrement ces billets le savent. Mon cœur bat à gauche, apolitiquement parlant. Ayant connu l’angoisse du réfrigérateur vide, je ne comprends pas la polémique sur le sort à attribuer aux conserves truffées de cheval à la place du bœuf. Sont-elles vérolées ? Empoisonnées ? Si oui, alors, elles sont bonnes pour la poubelle. Indubitablement. Si ce n’est pas le cas, permettez-moi, messieurs les responsables d’associations, de dénoncer ce que j’appellerais votre fausse bonne conscience quand vous rejetez  l’idée de “refourguer” cette nourriture aux pauvres. Si je loue votre acharnement à accompagner les plus démunis, je réprouve votre manque de lucidité pour les réels besoins d’un ventre affamé. Il n’entend rien. Et ne veut rien entendre. Nourrir ; manger et faire manger les siens : Voilà son noble combat. Alors si nous lui faisons l’économie des armes même une seule fois dans l’année, il ne dira pas non. Il recentrera ses efforts sur d’autres besoins vitaux. Et ils sont nombreux, à commencer par comment se soigner. Car vous le savez bien, ceux-là ne sont pas concernés par l’ANI et doivent se battre pour de soigner. Si en plus ils ne mangent pas, vous n’imaginez pas le drame. Je vous entends hurler d’ici. « Mais ce ne sont pas des poubelles !!! » Bien vu.

J’applaudis même. Pourtant, à bien y regarder, ils sont pires : des fouineurs ; de véritables fouilleurs de poubelles. Le spectacle est digne de Germinal. Sauf que là, nous sommes à l’heure de la 4G, de l’obsolescence programmée qui pousse à jeter toute innovation quelques mois après usage. N’allez pas stupidement croire que les pauvres se nourrissent à ces poubelles de riches. Ils guettent les détritus de supermarchés en espérant y dénicher je ne sais quel steak de cheval déjà périmé. Et là, je m’indigne. Comment ? Refuser une boîte de conserve pour les raisons que vous savez n’est juste pas responsable. Porté sur le terrain de la bien-pensance et de l’ordre moral, un tel acte grandit ses tenants. Sur le territoire de la survie, ils sont voués aux gémonies. Pendant la Sale guerre, rats et autres chiens faisaient parfois le bonheur de quelque affamé. La chevaline saurait redonner le goût de vivre et du punch aux armées de pauvres engagées dans la guerre propre que leur livrent nos économies mondialisées.

Messieurs les responsables des associations de lutte contre la pauvreté, souffrez que je réprime votre position. J’aime votre idée somme toute séduisante. Je la déteste également pour sa naïveté et son manque de pragmatisme. Souvenez-vous du cynisme des Américains en Inde vis-à-vis des habitants qui avaient refusé des boîtes de lait arborant des images de vaches. Qu’avait alors fait Oncle Sam ? Il a tout simplement remplacé l’effigie du mouton par celle de la bête sacrée. Combien de vies sauvées malgré le cynisme patent d’une telle démarche ? Nous n’avons pas compté.

A votre place, sans vous donner de leçon de morale, j’aurais dénoncé l’incontournable maladresse sous-jacente à une telle démarche tout en mettant en avant la nécessaire survie des milliers d’affamés en France et ailleurs. J’aurais poursuivi en insistant sur le libre-choix de chacun de ces affamés, si tenté qu’ils en aient un. Car voyez-vous, votre débat est, pour beaucoup d’entre eux, un problème de riches.

Emmanuel Mayega
Rédacteur en chef

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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