Souvent rare pour être soulignée. L’initiative que viennent de prendre les trois patrons de l’assurance santé complémentaire mérite d’être saluée. En se hissant au-dessus des joutes verbales qui rythment les rebondissements de la pomme de discorde entre les professionnels de santé et leur ministre de tutelle, ils s’érigent en force de proposition  face à une chaîne de prise en charge du patient qui les relègue au rang ingrat de payeurs aveugles qu’ils restent, malgré eux. A l’heure des réseaux sociaux, des objets connectés, bref du Web 2.0 et de la dictature de la transparence qu’il impose,  il faut savoir sortir de son pré carré.

Co-construction. Nouveau paradigme ? Assurément.  Un concept que propage la puissance uniformisation du digital. Assurances et banques sont engagées dans cette démarche que leur imposent  les réalités du marché. Les grands œuvrent en synergie avec les start-up, dans une logique gagnant-gagnant. Et le marché applaudit. Tout comme la Bourse. Désormais, toute initiative devrait  être gouvernée par cette volonté d’échanges. De surcroît quand elle concerne les politiques publiques. Marisol Touraine la revendique d’ailleurs, quand les professionnels de santé rejettent sa volonté de supprimer l’avance de frais de santé. Pourtant, le torchon brûle  toujours  entre elle et cette profession. Les langues faciles mettraient en avant le corporatisme de nos toubibs. Poujadisme ? Terrain glissant sur lequel je ne vous entrainerai pas par ces heures hivernales. En revanche, je ne ferai pas l’économie d’une interrogation : pourquoi, de concertation  en commissions, les deux parties se regardent-elles en chiens de faïence ? Las!

Oui, marre de ces situations binaires d’un autre temps, celui du Cobol et du double digit. Partagent-elles notre point de vue ? Rien ne le dit, mais en s’élevant d’une seule et unique voix, les familles de l’assurance santé complémentaire contre cette machinerie grippée font d’une arme plusieurs salves : elles relancent un débat qui s’enlise dans les méandres de l’irresponsabilité car entre-temps de nombreuses familles pâtissent d’un manque de soins cuisant ; elles s’érigent en véritable force de proposition au sein d’une chaîne de prise en charge du patient-assuré abandonnée de plus en plus par l’Etat qui ne paie plus, hormis pour les maladies chroniques, faute de moyens.

Ce désengagement progressif qui attribue davantage de devoirs aux complémentaires santé devrait leur conférer autant, sinon, davantage de droits. Le droit à l’initiative, le droit de proposer une approche concertée de généralisation du tiers payant…co-construite avec les professionnels de santé.

Et la tutelle dans tout cela ? Elle devrait confiner  son intervention au rôle d’arbitre. Et de ce point de vue, sifflerait la fin d’une éventuelle récré, en cas de besoin.

Du reste, les assureurs complémentaires devraient désormais prendre l’initiative de monter au créneau pour faire valoir leurs droits. A commencer par l’accès aux données de santé. Ils se donneraient ainsi les moyens de payer en connaissance de cause. Dans le respect de la législation.

 

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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