Figurant parmi les mauvais élèves des classements de Greenpeace pour le respect de l’environnement, Microsoft veut sortir de cette liste noire. Par tous les moyens. L’éditeur de Windows 10 vient ainsi de dévoiler Natick, un projet de création de data center sous l’eau.

Pour les utilisateurs de Windows, l’actualité est plutôt au passage à la version 10 de l’OS de Microsoft. A coup de harcèlement en ligne, les consommateurs sont invités à passer à cette nouvelle cible. Mais ce qu’ils ignorent est d’importance capitale : l’éditeur veut et doit réduire son empreinte carbone, coûte que coûte. Quitte à abandonner la terre ferme au profit de la mer. C’est bien l’option que le groupe semble privilégier dans le cadre du projet Natick. Malgré un investissement remarqué dans l’énergie électrique d’origine éolienne qui supporterait actuellement 30 % de sa consommation en la matière, la firme de Redmond n’arrive pas à être verte. Elle reste parmi les géants informatiques qui polluent et à ce titre sont mis au ban de la société. Une société qui est d’autant plus sévère qu’elle a vu d’autres opérer des changements radicaux dans ce domaine, ces derniers temps. C’est le cas d’Apple. Longtemps vilipendé pour son incapacité à optimiser son bilan carbone, l’inventeur de l’iPhone a su opérer une mue remarquable, sans… prendre l’eau. Désormais, il affiche une image de bon élève dans ce domaine. Hier critiqué, aujourd’hui admiré, la firme du regretté Steve Jobs a gardé les pieds sur terre pour fermement relever le défi écologique.

Qu’importe la méthode, si les résultats sont au rendez-vous, pourquoi blâmer la bonne volonté d’un Microsoft qui veut faire bonne figure ? Retenons tout de même notre souffle face à cette plongée en apnée des data centers expérimentaux de Microsoft à dix mètres de profondeur. Après tout, pourquoi l’éditeur ne réaliserait-il pas au fond des mers ce qu’il n’a pu construire en … surface ? D’ores et déjà, il a réussi le tour de force de braquer l’ensemble des promoteurs du Green IT sur lui. Ce n’est pas rien.

En plus, les premiers résultats de cette plongée sous-marine semblent plutôt concluants. Là n’est pas le débat car si elles ne l’étaient pas, la firme de Redmond aurait probablement passé sous silence une telle innovation qu’elle présente comme écologique. Elle devrait certainement être fort positive pour ses serveurs refroidis gratuitement à l’eau de mer pour une facture peu salée, si vous voyez ce que je veux dire. Qu’en est-il des risques ?

Les esprits mal tournés vont voir dans ce jeu, celui d’un apprenti sorcier. Après avoir fragilisé la terre, l’homme doit-il poursuivre son massacre sous l’eau ? Et puis, quid de la faune et de la flore au contact des vibrations des plates-formes soumises à des requêtes permanentes d’un consommateur digital pris dans la tourmente de la fièvre acheteuse ? A l’instar de la vache devenue folle du fait de l’obstination de l’homme à lui faire manger tout et surtout n’importe quoi, le poisson des encablures des data centers de l’éditeur deviendra-il fou ou mourra-t-il sous l’effet d’une eau qui se réchauffera au rythme de l’arrivée des adeptes de ce nouveau concept ?

Revendiquant ma place au sein du groupe des esprits mal tournés, je considère qu’il est inutile de pratiquer la course en avant. Epuisons d’abord toutes les idées sur terre qui pourraient permettre à chacun de nous de maîtriser son bilan carbone. Le cas échéant, nous finirions par nous retrouver le bec dans l’eau. Ou plutôt dans un océan aussi pourri et réchauffé que notre terre.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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