Le pschitt que vient d’enregistrer le président Macron face à son homologue Donald Trump relativement à l’instauration d’une Taxe Gafa, ouvre la porte à un grand questionnement quant à la souveraineté numérique du Vieux Continent ! Se demander si l’Europe numérique est-elle souveraine est loin d’être aberrant ! Les velléités de l’Hexagone s’apparentent presqu’à de la gesticulation sachant que les cordes semblent tirées par les USA, qui semblent influencer comme ils le semblent, les décisions de leur homologues européens en la matière.

Profitant du G7 récent à Biarritz, les tractations entre les deux pays ont abouti manifestement à l’assouplissement de la position de Macron ! Il est vrai, le monde vinicole français peut respirer sachant que le président américain leur promettait, en guise de représailles, une lourde taxation. Voilà donc la France soumise à une valse russe : un pas de l’avant, deux en arrière ! Au final aucune décision pour un géant de l’Europe, qui s’en remet aux futures mesures que prendra l’OCDE. Entre-temps, les Géants américains de l’Internet peuvent continuer impunément leur petit jeu de cache-cache fiscal, en occasionnant un manque à gagner aux caisses de l’Etat, qui se retournera sans rougir vers le pauvre contribuable, taxable à souhait.

Incapable de tenir tête et d’imposer une ligne de conduite aux Etats-Unis pourtant fragilisés par la Chine à travers des mesures monétaires favorables à elle (dévaluation de la monnaie nationale, par exemple), voilà les USA qui réussissent à se lever contre toute tentative d’affirmation de la souveraineté  européenne. Les mauvaises langues ont vite fait de taxer l’Europe de colonie numérique des USA. Abus de langage ? Un peu vrai tout de même quand on voit ce que fait Oncle Sam sur le Vieux continent : non content de mener des actions de cyber-espionnages de tout genre, ses entreprises fragilisent comme elles veulent les sociétés de cette sous-régions et rachètent à souhait des pépites technologiques montantes. Des comportements qui rappellent les pratiques d’un temps prétendument révolu : celui de la colonisation. Et la Vieille Europe serait-elle à son tour, en train de revivre ce qu’elle a fait vivre aux pays africains, la salle histoire du colon face aux colonies ? Qui a dit que l’Histoire n’est autre chose qu’un éternel recommencement écrit par les vainqueurs ?

Afin de sortir de cette logique quelque peu humiliante, l’Europe a profité du sommet de Biarritz pour présenter une contre-stratégie : permettre au Vieux continent de gagner sa souveraineté numérique face à la Chine et aux USA. Comment ? En lançant un fonds d’investissement de 100 milliards d’euros. Sa vocation : financer les jeunes pousses championnes de l’Europe et les orienter vers les secteurs stratégiques.

Cela leur permettrait de jouer un rôle de premier plan dans le monde, ce qui les rendrait résilientes vis-à-vis des coups de boutoirs (sous forme de menaces de rachat par exemple) venus de l’extérieur et en particulier des USA. C’est bien tenté, mais d’ici à ce que cette stratégie prenne corps, l’Europe risque de rester pour longtemps encore, aux yeux des USA, un nain technologique et pour tout dire, une colonie à sa solde !

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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