Faire un tabac en parlant de la percée de la cigarette électronique dans notre société pourrait faire sourire plus d’un. Et pourtant, ce jeu de mot ne fait pas rire. Tant l’enjeu est existentiel. Je fume donc je suis. Et je fume donc je peux en mourir. Évanouissant.

Ils ont tout essayé : l’acupuncture, le patch, l’hypnose. Rien à faire. L’addiction à la cigarette est dans le cerveau, entretenue, paraît-il, par les fabricants de cette drogue qui ne dit pas son nom. Mais qui fait des ravages dans notre société, plombe notre Sécu et déstabilise avant tout le premier concerné. En silence. Chut! Je tue, souffle-t-elle. Les messages décourageants portés sur les paquets de cigarette n’y font rien ; l’exploitation déguisée de l’Etat à travers sa stratégie inflationniste et honteuse n’y enlève rien. Le fumeur se laisse consumer par sa propre mais enfumante passion. En exposant parfois sa famille, transformée en fumeuse passive. Combien d’enfants sont-ils poussés à la consommation de la nicotine dès leur naissance ? Des milliers comme autant de ronds de fumée, je vous dis ! Comment éteindre cette grillade mondiale qui nous coûte des milliards d’euros même si, à la différence de l’alcool, elle ne pousse pas ses consommateurs à la violence ?

A l’heure du digital banalisé, l’idée de recourir à une e-cigarette paraît lumineuse.  Pour une fois, les cigarettiers ne vont pas enfumer leurs consommateurs. Il s’agit de solutions sans risque, nous dit-on. Du coup, certaines mutuelles et compagnies d’assurance ont inscrit l’e-cigarette dans leur programme de prévention comme ils l’ont fait pour les patches. Actuellement, l’on compte un peu plus de 500 000 e-fumeurs dans le pays. Il est vrai, esthétiquement, la tentation est grande d’arborer une e-cigarette. Image d’un Philippe Solers, porte-cigarillo aux lèvres, effet dandy garanti.  On pourrait même applaudir. Sauf que là, beaucoup se tournent vers cette solution faute d’autres alternatives efficaces. Comme des drogués qu’ils sont même si beaucoup ne l’entendent pas de cette bouffée, ils ne savent plus à quelle sainte cigarette se vouer. Prisonniers par l’addiction, ils pensent être sauvés par l’e-cigarette. Pourtant, aux dernières nouvelles, il semblerait que tout ne soit pas rose au royaume de ce calumet qui devait apporter la paix à ses utilisateurs, son entourage avec. C’était sans compter avec le dernier rapport en la matière, proposé Pr le Pr Bertrand Dautzenberg. Le pneumologue s’est penché sur le sujet. S’il ne parle pas de soufre, les fragrances de cette e-cigarette qui portent des noms à séduire plus d’un apprenti fumeur (propylène glycol ou glycérol, ndlr) ne sentent pas forcement bon, malgré les arômes qu’ils dégagent. D’où la nécessité d’encadrer la distribution de cet ersatz. Car si rien ne prouve son caractère dangereux, le fameux principe de précaution s’impose. Les propositions du Pr Dautzenberg enjoignent d’ailleurs les tenants de la cigarette électronique de prouver son innocuité. Je parie que ce n’est pas demain la veille. En attendant, l’engouement pour ce placebo ne se dément pas. Les industriels du tabac traditionnels s’invitant sur ce créneau, la cigarette virtuelle a certainement de beaux jours devant elle, sauf avènement d’un deus ex machina.

Avant de clore cet écrit loin d’accabler les fumeurs et sans les encenser, je considère la lutte contre le tabagisme comme un combat, avant tout, personnel. Je sais de quoi je parle, si vous vous voyez ce que je veux dire. Non ? Alors je vous livre un vibrant témoignage. Emporté par le tabac, Yul Brynner, idole d’une époque et chantre de la virilité s’il en est, déclarait en substance, aux portes de la mort, en guise de conseil : « Les enfants, je vous en supplie, ne fumez jamais. J’y laisse ma vie… ». Triste et poignante image télévisée qui reste enfouie au fond de ma mémoire. Lancinant avertissement d’un ancien qui savait, à une jeunesse qui peut. Aux assureurs de poursuivre leur stratégie de prévention avec d’autres moyens. Quant à vous, vous en valez deux désormais. Comme un homme averti. Voire une femme.

Emmanuel Mayega
Rédacteur en chef

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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