Nargué au départ par tout le monde, ignorée par les banque centrales, méprisée par les investisseurs, les crypto-monnaies seraient-elles en train de prendre leur revanche sur l’établissement et leurs autoritarismes ? Les données d’actualité sur ce moyen de paiement adossé à la blockchain ne laissent plus indifférent. Les autorités de contrôle ont rappelé les entreprises à l’ordre, celles-ci étant tenté par les cours désormais mirobolants d’une telle unité de valeur (forte appréciation du Bitcoin ces dernières semaines et de sa volatilité). Elles  tirent la sonnette d’alarme et rappellent les risques associés à un investissement sur ces actifs spéculatifs. En fait, l’AMF et l’ACP mettent en avant le droit en considérant que d’un point de vue juridique, ces cryptomonnaies ne sont pas des instruments financiers. Ils ont raison, même si ce n’est pas le débat, sachant que le Bitcoin et les autres « crypto » actifs n’entrent pas dans leur périmètre de supervision directe. Ils considèrent qu’ils ne peuvent pas non plus être qualifiés de monnaies ni être considérés comme des moyens de paiement au sens juridique du terme, ce qui est vrai, mais pour ceux qui en profitent. Du même coup, ils ne sont donc pas non plus assujettis au cadre réglementaire relatif aux moyens de paiement. On comprend la frustration de ces organismes. Quelle époque épique !

Victoire à la Pyrrhus de la blokchain enfin ouvertement reconnue !

Ils vont plus loin, ces deux autorités, et tiennent quand même à reconnaissent que l’environnement technologique Blockchain sous-jacent à ces monnaies, pardon, crypto-monnaies est susceptible d’offrir de nombreuses possibilités en termes d’usages par les entreprises. Ces technologies participent donc, comme d’autres, au développement de l’innovation. On applaudit et crie à une victoire à la Pyrrhus !

Comment pourrait-il en être autrement quand, par la réalité de terrain, ces organismes ont validé une puissance… imposée par une réussite insolente ? le cours de la blockchain tutoierait les 13 000 dollars, rien que ça ! qui pourrait dire mieux ? pas l’euro et encore moins le dollar. S’ils avaient attendu l’autorisation de ces organismes pour exister, nous ne serions pas en train de réfléchir sur leur place dans la société. Dans notre modèle de société dominé par l’ordre des grandes banques et assurance établi et ayant pignon sur rue, l’expérience a démontré que la liberté ne se négocie pas, elle s’arrache ! Le bitcoin raillé au départ, fait des envieux y compris parmi les institutionnels.

Quel marché pourrait promettre une telle sagacité à ce jour ? un tel cours ? Ok, l’on met en avant les risques d’une bulle qui nous éclaterait bientôt entre les mains, mais nous l’avons déjà connu avec les valeurs soit-disant sûres ! Ce serait bien de donner également les mêmes chances et risques au Bitcoin, à l’Ethereum, au Litcoin ou au Dash. Au non de quoi leur refuserait-on une telle liberté que les valeurs sûres ont contribué à encourager la naissance ? les dépréciations subites des monnaies traditionnelles ont eu impunément des conséquences au moins indirectes sur ma réalité économiques et il serait injuste de le prétendre pour les crypto-monnaies, sauf procès d’intention.

AMF et ACPR sont dans leurs rôles de gendarme et nous apprécions leur prudence ; pour autant, nous devons reconnaître et acter qu’à l’heure du net, les choses ont changé. Y compris le poids des organismes de contrôle dans une ère où logique floue rime avec appât du gain. Au nom de la liberté de transaction, principe de base du libéralisme, les menaces et rappel à l’ordre sonnent comme des pratiques d’une autre ère, d’une autre contrée. Sauf à reconnaître que nous ne sommes pas différents de la Corée du Nord, la Chine et autres.

La libre-initiative a attiré des acteurs économiques multiples à la crypto-monnaie et sa technologie sous-jacente qui promet monts et merveilles aux processus. Louons-là au lieu de la blâmer. Après tout, même si nous sommes pris dans l’effet papillon que défendraient légitimement les organismes de contrôle, ne boudons pas notre plaisir face à la réussie inattendue (et disons-le tout de go, pas souhaité) des crypto-monnaies. Mais n’oublions pas leur face sombre quand elles servent de valeur d’échanges aux cybercriminels et toutes autres pratiques hors-la-loi. Elles nous font tous trembler mais surtout la finance traditionnelle qui a multiplié des erreurs tragiques. Qui a créé les subprimes ? Répondez-moi, vous qui estimez en silence trop bruyant que j’exagère.

 

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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