Ubérisation santé

Par ces temps de marasme économique où réunir plus de 20 euros pour consulter un médecin devient un luxe, y compris pour les citoyens travaillant, il fallait penser à l’ubérisation comme solution. Renoncer aux soins ne suffisait plus et pouvait même s’avérer dangereux. Comment faire ? Comme d’habitude désormais, la solution vient du nouveau paradigme qui change tout, que dis-je ? révolutionne le rapport à ce praticien. Longtemps privés de lui pour des raisons économiques, le voici accessible désormais pour les mêmes causes et fondements, avec en prime l’opportunité de résoudre d’autres débats, (numérus clausus, déserts médicaux et accès aux soins, etc.), fruits de l’application aveugle du SROS (Schéma régional, d’orientation sanitaire).

Vous l’aurez compris, faute d’avoir été incapable de structurer (ouvrir, on va dire) l’accès aux soins à tout le territoire, le Web est invité désormais à la déstructurer en y introduisant une offre de services de consultation distante. Là où il peine à porter la télémédecine (pour des raisons inavouées et plutôt politiciennes), la toile s’y installe, à la faveur du concept d’ubérisation. Le modèle est simple, Grâce à son téléphone et à sa carte de crédit, le consommateur contacte une plate-forme libérale dédiée et joint un médecin. Après échange d’informations, il établit un diagnostic et le client paie en ligne. Souvent un tarif qui est pertinent et selon les dires des utilisateurs, largement inférieur aux efforts exigés pour accéder au médecin libéral, 25 euros : tout un budget inaccessible pour beaucoup, surtout que l’avance de soins n’est pas garanti ! Les médecins, comme les TAXI, s’énervent, envisagent des actions de rébellion mais, rien n’y fait, le coup est parti. Au moins pour des raisons économiques à court terme, il a l’air d’avoir atteint sa cible. Ils ont beau s’agiter/Gigotter même, tel un malade émettant son dernier spasme avant de rendre l’âme en l’absence d’un toubib qu’il n’avait pas pu s’offrir pour des raisons économiques ! non seulement, ils cliqueront sans sortir de chez eux pour accéder au diagnostic, mais ils semblent désormais payer moins ! ce qui ouvre la porte de l’accès aux soins à tous, droit fondamental, à tous, y compris les médecins.

Reste que nous sommes dans un système où la part de complémentaire se veut déterminante. Autant dire que leur réaction constitue un des éléments décisifs de l’adoption du modèle de médecine à distance. Ce dernier verrou semble sauter tant des acteurs et non des moindres commencent à rembourser ces actes d’un genre nouveau, des téléactes ! Cela veut dire quoi pour la santé qui reste réglementée en France ?

A l’instar des autres secteurs, la santé vit une période d’interrogations. Saura-elle opérer des choix pertinents ? Quoi qu’il en soit, elle devra garantir aux Français un accès pour tous à ce bien national que beaucoup nous envient. Sinon ce sera le FAR WEST ! d’où vient d’ailleurs le modèle Uber ! Quelle ironie ! Elle n’est pas remboursée par la Sécu ! Pas même celle de… Trump pour qui la valeur santé doit être privatisée et l’ubérisation qui est une démocratisation de la santé par les tarifs en France reste avant tout une libéralisation des marchés de l’autre côté de l’Atlantique. Cela dit, on ne saurait attribuer au nouveau président l’ingénieuse invention de ce modèle qui n’est pas prêt de se taire.

Au-delà de cette réalité, il reste une interrogation, le modèle du libéralisme sauvage s’applique-t-il impunément à la santé ? ce qui marche pour les courses de taxi tient-il pour le reste ? de la réponse dépend le modèle de société dont nous avons besoin.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

Twitter LinkedIn Google+

Newsletter

Vous n'avez pas le temps suivre l'actualité ? Découvrez nos newsletters gratuites, quotidiennes ou hebdomadaires.

Inscription Newsletter


Le Mensuel

Chaque mois, un regard éclairé et sans concession sur l'actualité de l'Assurance, de la Banque et des Services Financiers.

Découvrir le magazine