Par Raphaëlle Nag-Brûlet – Consultante, spécialiste de l’assurance et de la protection sociale au sein du cabinet Colombus Consulting

La perspective, non plus si lointaine, de la voiture autonome truffée de capteurs attise les convoitises des opérateurs d’assurance y voyant un moyen efficace de maitrise du risque. Assureurs, constructeurs, start-ups et autres apps GPS savent que la récolte des données sera la clef de voute de l’assurance automobile de demain. La guerre des boitiers connectés est donc ouverte, mais les assureurs peinent déjà à tirer leur épingle du jeu. Zoom sur les leviers possibles pour que les opérateurs d’assurance restent dans la course.

La guerre des boitiers connectés est ouverte

Tout le monde s’accorde à dire que la voiture autonome arrive sur le marché d’ici peu. Les assureurs savent que l’autonomie partielle ou totale nécessitera de repenser les offres, et rendra indispensable la mise en place de « boites noires » permettant le recueil des données afin d’établir les causes et les responsabilités d’un sinistre. Pourtant, les initiatives en matière de télématique ne sont que rarement menées par des assureurs.

Les constructeurs automobiles proposent de plus en plus de systèmes embarqués qui enregistrent les données d’utilisation du véhicule. Les apps mobiles des conducteurs, notamment les GPS, recueillent également des données sur la conduite, et plusieurs solutions très performantes de gestion de flotte permettent de suivre les indicateurs clés (kilométrage, géolocalisation, type de conduite…).

Côté assureurs, il existe uniquement 4 offres actuellement sur le marché proposant une couverture assurantielle conditionnée à la mise en place d’un boitier connecté suivant le kilométrage ou le comportement du conducteur.

Quels risques pour les assureurs ?

Face à cette guerre du recueil des données, les assureurs ne sont pas en pole position. Or, si les assureurs ne recueillent pas les données eux-mêmes, il sera nécessaire d’acheter ces données, plaçant les assureurs en situation de dépendance pour organiser la liquidation des sinistres voire leur propre tarification.

Cette dépendance vis-à-vis des entreprises récoltants les données ne sera pas neutre en termes de prix : l’achat des données devra être répercuté sur le montant des cotisations.

Enfin, l’assureur sera privé de plusieurs opportunités de contact avec son client, relayant ainsi l’assureur au simple rôle de payeur. La déclaration d’un sinistre pourra être effectuée directement par le constructeur automobile ou l’application, informé en temps réel de l’incident, tout en transmettant les détails permettant le calcul de l’indemnisation. Le contact entre un assuré et son assureur lors de la déclaration d’un sinistre serait alors caduque, moment pourtant essentiel de la relation client pour les assureurs.

Dès maintenant, il faut habituer les conducteurs à la présence de boitiers « mouchards » mis en place par des assureurs. Pour cela, les assureurs doivent lancer davantage d’offres connectées, à ce jour encore peu connues du grand public, afin de bousculer la norme.

Pour cela, les assureurs doivent séduire. Du client le plus réfractaire au plus concilient, plusieurs types de boitiers doivent être proposés pour lever les freins du « mouchard », et changer les habitudes de consommation. Il faut s’adapter au niveau de surveillance toléré par les utilisateurs : suivi uniquement du kilométrage ou boitier intelligent captant le type de conduite ? Boitier conditionnant le montant de la prime ou simple boitier « conseil » sans impact sur le montant des cotisations ? Les boitiers doivent être adaptés non plus au degré d’autonomie de la voiture, mais au seuil d’acceptance du niveau de contrôle de l’utilisateur, ce qui permettra sans doute de contrebalancer la défiance classique des assurés envers les assureurs.

Enfin, les assureurs doivent offrir davantage qu’une potentielle baisse tarifaire. Les boitiers doivent proposer des services originaux et ludiques : prévention, géolocalisation en cas de vol, suivi de l’entretien de la voiture… Pour cela, un partenariat avec une application ou un boitier existant proposant déjà des services plébiscités, serait sans doute une solution pragmatique et efficace.

Afin de rester dans la course à la donnée et de garder la main sur la relation clients, les assureurs doivent séduire dès aujourd’hui en lançant des boitiers apportant une vraie valeur ajoutée, au risque d’être exclu de ce marché et de se rendre dépendant d’autres acteurs.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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