Au plus bas depuis huit ans, le financement de la dette d’infrastructure, qui ne bénéficie plus de l’apport de l’Etat et des banques en termes d’investissements, pourrait-il rebondir ? Une étude réalisée par BearingPoint montre que 75 % des assureurs seraient tentés par ce marché.

Les assureurs vont-ils devenir les nouveaux banquiers appelés à financer les dépenses relatives aux infrastructures ? BearingPoint Institute a mené une enquête en la matière, en synergie avec l’Infrastructure Journal. Dans un contexte marqué par la montée en puissance du déficit de travaux publics la question se pose de savoir comment sera financé le marché européen des infrastructures ? Intitulé « Are Insurers the new Banks for infrastructure investments ? », le rapport publié par ce cabinet s’appuie sur des entretiens réalisés auprès de 55 banques, gestionnaires d’actifs et investisseurs institutionnels. Résultat, un paysage saisissant en termes d’enseignements. Ainsi, « le volume de projets financés en Europe est inférieur à ce qu’il était en 2005. 86 % des investisseurs font face à des banques qui refusent ou sont incapables de financer des projets à long-terme alors que les gouvernements ont été écartés par des mesures de réduction du déficit et l’instabilité de la zone euro. Les compagnies d’assurance sont donc prêtes à fournir à leur place le financement de l’infrastructure nécessaire, mais pourquoi maintenant ? », s’interroge BearingPoint Institute.

L’analyse de ce cabinet se veut précise : « Sur leurs investissements traditionnels, les assureurs ont leurs propres difficultés. Les classes d’actifs sur lesquelles ils s’appuyaient commencent à s’épuiser. Les obligations d’État, par exemple, ne rapportent plus que 1 à 2 %, avec des risques de défaillance accrus. Les infrastructures en tant que classe d’actifs offrent un rendement beaucoup plus élevé avec un risque faible, une forte résilience, des flux de trésorerie stables et un très bon rapport pour la durée des engagements rencontrés par l’assureur. En fait, 90 % des répondants de l’enquête estiment ce flux de trésorerie stable, et le citent comme l’aspect le plus attrayant des investissements en infrastructures.

Dans un tel contexte, pourquoi le financement de celles-ci par les assureurs ne prend-il pas plus d’ampleur aujourd’hui ?, s’interroge BearingPoint Institute. Pour plus de la moitié des porteurs de risques interrogés (56 % exactement), ils sont mal à l’aise à l’idée d’investir dans la phase de construction qui requiert un fort investissement capitalistique ; en revanche, ils sont 60 % qui préfèrent intervenir et acheter de la dette, comme un investissement, au cours de la phase d’exploitation. Il est également intéressant de comparer la perception du risque des banques et des gestionnaires d’actifs par rapport aux assureurs et fonds de pension lors de l’évaluation de secteurs industriels spécifiques. Pour cette enquête, le premier choix (100 %) pour les banques reste les énergies renouvelables, un secteur nouveau et plus risqué ; seulement 53 % des assureurs investissent actuellement dans ce domaine.

Fort de ces enseignements, Bearingpoint Institute propose cinq stratégies pour une pénétration de marché avec un projet d’infrastructure : des joint-ventures entre les assureurs et les banques ; la banque en qualité de gestionnaire d’actifs, les assureurs en tant que fournisseurs du financement ; l’assureur en tant que gestionnaire d’actifs de la dette d’infrastructure ; des gestionnaires d’actifs indépendants offrant de la dette d’infrastructure au marché ; un  investissement direct des assureurs. En guise d’explication de cette stratégie, Jean-Christophe Gaury, Associé et responsable France du secteur Assurance de BearingPoint, déclare : “ Pour des gestionnaires d’actifs plus sensibilisés aux risques comme les assureurs, investir dans les infrastructures représente un saut dans l’inconnu. Il faudra un acte de foi de leur part, mais les bénéfices qui en résultent sont clairement identifiés. Si les questions de transparence, de liquidité et de solvabilité peuvent être surmontées, les investissements de la dette d’infrastructure présentent aujourd’hui un profil de risque et un rendement très attractifs pour les assureurs. Le carnet de commandes actuel fournit une occasion sans précédent d’intervenir et de bénéficier de l’espace laissé par les banques et les gouvernements. Toutefois, il s’agit d’un environnement complexe qui nécessite une planification et une préparation minutieuses. La fortune sourit aux audacieux… C’est le moment pour les assureurs de venir à la rescousse du financement des infrastructures européennes ! “

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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