Selon cette enquête de l’assureur dévoilée aujourd’hui, les sinistres maritimes sont à leur plus bas niveau du siècle, malgré les nombreux les incidents.  Ce rapport souligne 46 grands navires perdus dans le monde en 2018, soit une baisse record de 50 % en un an et de 55% par rapport à la moyenne (104) sur dix ans.

Grosso modo, selon le rapport, le nombre de sinistres totaux diminue dans les zones les plus exposées, comme l’Asie du Sud-Est. Les sinistres liés aux conditions météorologiques baissent de moitié, au cours d’une année moins touchée par les tempêtes. Quant au nombre d’accidents de navigation, il reste stable. Les bris de machines en sont la principale cause, avec un montant d’un milliard de dollars d’indemnisation en assurance maritime sur cinq ans. Les défis actuels du transport maritime concernent les menaces politiques sur la sécurité des navires ; l’impact des règles d’émission en 2020 et la hausse du nombre d’incendies.

 Les zones les plus exposées et les principales causes de sinistres

La région maritime de la Chine méridionale, de l’Asie du Sud-Est, de l’Indonésie et des Philippines reste à la 1ère place du classement. Elle totalise 12 sinistres, soit un sur quatre survenus dans le monde en 2018, un chiffre toutefois sensiblement plus bas que les 29 sinistres enregistrés en 2017. Les régions de l’Est de la Méditerranée et la mer Noire (6) et des îles Britanniques (4) arrivent respectivement en 2ème et 3ème places. Malgré des signes d’amélioration, l’Asie demeurera une zone à risques en assurance maritime, compte tenu de la forte activité commerciale, de l’encombrement des routes maritimes et de l’âge des flottes. La modernisation des infrastructures, l’amélioration des opérations portuaires et la mise à jour des outils de navigation aideront toutefois à relever ces défis. Les cargos (15) représentent un tiers des navires perdus dans le monde l’année dernière. La principale cause de sinistres totaux reste la perte par le fond, avec plus de la moitié (551) des 1 036 navires perdus dans la dernière décennie. En 2018, 30 cas ont été enregistrés.

Les incendies continuent de provoquer d’importants sinistres à bord, avec un nombre d’incidents déclarés (174) en hausse. Cette tendance se poursuit en 2019, avec les problèmes récents sur des porte-conteneurs et trois événements importants sur des transporteurs de véhicules. Les irrégularités de déclaration de cargaisons, notamment dans l’étiquetage et l’emballage des marchandises dangereuses, seraient responsables de plusieurs incendies en mer. Or, les capacités de lutte contre l’incendie à bord peuvent être limitées. Si une assistance extérieure d’envergure est nécessaire, le navire peut être gravement endommagé avant l’arrivée des secours, ce qui accroît sensiblement le montant d’une indemnisation à ce titre. La perte de centaines de conteneurs à bord d’un méga navire, survenue au début de l’année 2019, rappelle, en même temps, que les avaries de cargaison restent le principal motif de demande d’indemnisation en assurance maritime, représentant un sinistre sur cinq survenus dans les cinq dernières années.

Les défis liés aux règles d’émission

La réglementation limitant les émissions d’oxyde de soufre, qui entrera en vigueur en 2020, devrait changer la donne dans le transport maritime. Elle aura des conséquences importantes sur les coûts, la conformité et les équipages. Les grands ports internationaux envisagent même de déployer des drones dits « renifleurs », afin de détecter les contrevenants aux dispositions environnementales : les navires qui n’utilisent pas de carburants à faible teneur en soufre, plus coûteux, pourraient encourir des amendes élevées. Selon le capitaine Rahul Khanna, directeur monde du conseil en risques maritimes chez AGCS, « le transport maritime doit jouer son rôle dans la préservation de l’environnement, mais alors que la date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation approche, nous manquons encore de normes internationales ; la disponibilité et la compatibilité des carburants à faible teneur en soufre soulèvent aussi des préoccupations. Les assureurs s’inquiètent d’une éventuelle hausse des sinistres à cause de pannes de machines avec l’introduction des carburants à faible teneur en soufre, si la transition n’est pas bien gérée. Les perturbations et les retards dans le transport maritime risquent aussi d’augmenter en cas de pénurie de carburants conformes et compatibles dans les ports. »

Le risque politique s’est accru dans le monde entier et constitue une menace croissante sur la sécurité maritime, le commerce et les chaînes d’approvisionnement, en raison de conflits, litiges territoriaux, cyber-attaques, sanctions et actes de piraterie, voire de sabotage, comme le montrent les attaques perpétrées récemment sur des pétroliers au Moyen-Orient. La hausse du nombre de migrants en mer et de passagers clandestins sur les navires de commerce a également des conséquences graves pour les propriétaires de navires, car elle entraîne des retards, des déroutements et des pressions sur les équipages. En 2018, le Nigeria prend la première place du classement en nombre d’actes de piraterie, dépassant la barre des 200.

Autres aspects des risques pointés par ce Rapport annuel

L’augmentation du nombre d’incidents sur les grands navires est préoccupante : la capacité des porte-conteneurs a presque doublé en une décennie et les scénarios les plus pessimistes envisagent des sinistres de 4 milliards de dollars à l’avenir.

La fiabilité de la technologie : les systèmes qui améliorent la sécurité des navires sont importants pour réduire les risques et les montants des sinistres, mais des accidents continuent de se produire en raison d’une trop grande dépendance à la technologie ; sans parler des sinistres causés par l’inattention d’un membre d’équipage au téléphone.Les navires autonomes font des vagues : les progrès continuent, mais la technologie ne sera pas la panacée si la cause profonde des incidents et des sinistres n’est pas traitée. Événements de mer : les navires qui ont connu le plus de sinistres l’année dernière sont trois ferries des îles grecques, tous impliqués dans huit incidents différents.

AGCS fournit des services internationaux d’assurance maritime et transport contre tous types de risques, aussi bien pour un navire ou une cargaison que pour des flottes complexes et de grandes entreprises de logistique. La ligne Assurance maritime a représenté 11% du volume de primes, de 8,2 milliards d’euros, émises par AGCS en 2018.

Méthodologie : Ce Rapport annuel sur la sécurité maritime analyse les sinistres déclarés de navires de plus de 100 tonnes brutes.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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