La première action de groupe à la française initiée contre un acteur de la finance vise AXA en France. Une procédure que relativise son grand patron, le porteur de risque ayant l’habitude de ces pratiques outre-Atlantique. Même pas peur ?

Henri de Castries aurait relativisé l’action de groupe préparée contre AXA France par la CLCV. Arguant du fait que le groupe aurait l’habitude de faire face à ces exercices de l’autre côté de l’Atlantique. Est-ce une raison suffisante ?

La France, qui découvre cette pratique sur fond de judiciarisation rampante de sa société ne sais pas encore dire quels seront les impacts symboliques de tels procès. A défaut d’antériorité pour juger, force est de constater que le groupe se serait bel et bien passé d’une telle publicité à connotation négative. Pour un assureur, se voir accuser de ne point respecter ses engagements n’est guerre positif ; tant les enquêtes de consommateurs conduites sur le comportement des porteurs de risques tendent toutes, ou presque, à souligner leur propension à encaisser facilement les primes et à limiter au maximum les décaissements. Le premier de la classe gagnerait-il à contribuer à la cristallisation d’une telle image difficile à polir ?

Car ce qui est reproché à l’assureur ne le grandirait pas, en cas de perte de procès. Cela ne grandirait pas non plus la profession sachant que dans son acte d’accusation, l’association de consommateur entend faire le procès de la profession car « ce litige est emblématique des mauvaises pratiques dans le domaine de l’épargne », peut-on lire dans son communiqué de presse.

Accusation lourde et grave de conséquences contre une entreprise qui a déclaré faire d’AXA « la compagnie préférée des Français ». Le travail de longue haleine mené depuis plusieurs années dans ce sens pourrait être, à tout le moins sapé. Dans un contexte marqué par la possibilité de résilier plus facilement un contrat d’assurance après une première année de souscription en assurance auto, MRH et emprunteur (Loi Hamon), le risque de voir la volatilité des portefeuilles se renforcer est réel. Les actions de groupe pourraient radicaliser parfois ce mouvement avec pour corollaire des taux d’attrition élevés. Résultat : il faut donc les prendre au sérieux. Le patron d’AXA, dirigeant chevronné sait bel et bien que derrière ces procès peut se jouer la crédibilité d’une entreprise, surtout à l’heure du Web 2.0 et des réseaux sociaux dont les retombées sont, pour le moins, imprévisibles. Certes rassurer l’écosystème en faisant le dos rond est une stratégie qui a son pesant de réalisme. Caresser le client dans le sens du poil en est une autre qui susciterait une émotion positive, loin du rationnel que sous-tend le traitement industriel des procès auxquels fait face l’assureur, outre-Atlantique.

Reste que la déclaration du Président de Castries, pour peu que l’on connaisse le décideur, n’avait probablement pas pour visée de jeter de l’huile sur le feu. En tant que patron, il a certainement voulu exprimer autre chose. A lui de préciser sa pensée. Quoi qu’il en soit, par ces temps de montée en puissance de la loi Hamon, la mesure doit être de mise.

 

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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