L’information peut paraître anodine. Elle illustre pourtant les changements de modèle qui guettent désormais tous les métiers. Quand la RATP lance une appli permettant de trouver un taxi, l’on est en droit de se demander pourquoi bientôt le consommateur d’une pizza ne commanderait-il pas également une assurance dans une pizzeria ou alors dans une librairie ?

Internet, c’est déjà acquis, vient revisiter de fond en comble nos modèles opérationnels établis. En toile de fond, l’ubérisation qui, pour les assureurs, rime notamment avec fin de l’intermédiation. Jusqu’où iront les porteurs de risques dans la quête d’un hypothétique modèle pérenne qui n’existe plus dans un monde en désormais perpétuelle évolution ? Pour faire face à un tel défi, ils essaient tout : ouverture jeunes pousses, une relation incestueuse qui accouche parfois d’applications expérimentales sans lendemains opérationnels ; lancement même de structures insurtech avec l’espoir de damer le pion à la concurrence en proposant des solutions inédites, etc. Bref, ils acceptent désormais de travailler avec l’ennemi d’hier, quitte à perdre leurs âmes. De toute les façons, à en croire les observateurs et les gourous, les porteurs de risques n’ont pas le choix, tout comme les banques. Il faut collaborer. Du coup, tous les cas de figure imaginables sont les bienvenus. Concevoir des contrats d’assurance qui ne seront plus forcément distribués par les courtiers et/ou les agents généraux, c’est désormais possible. Cela avait commencé timidement avec les constructeurs autos et les supermarchés ; désormais, cela devrait être faisable avec une pizzeria, un garage auto et pourquoi pas, un hôtel. Bienvenue dans un monde où l’assurance devient un service parmi tant d’autres, vendu dans un package orchestré par le porteur de risques. Quel que soit le distributeur, il devient comme un chat : sa couleur importe peu ; dès lors qu’il sait attraper des souris ou, en l’occurrence, vendre un contrat d’assurance, il devient fréquentable.

Une telle logique sur le papier pourrait être développée à l’infini, avec les combinaisons qui n’auraient de limite que celle de la créativité humaine. Alors, pour protéger le consommateur, le régulateur a tiré la sonnette d’alarme. Le devoir de conseil doit accompagner toute vente de produit d’assurance, du fait de ses spécificités techniques. En clair, cette fonction est l’apanage des experts. Il faudra donc se former si, en complément d’une pizza ou d’un livre, l’on veut distribuer également de l’assurance. Les banques, qui ont plongé dans ce modèle depuis des années, n’ont pas forcément des équipes de vente d’assurances les plus expérimentées, même si celles-ci taillent régulièrement des croupières aux assureurs traditionnels sur le terrain de l’assurance de masse.

En définitive, les assureurs ont raison de se préparer à ce monde nouveau marqué par un modèle de distribution tous azimuts de l’assurance de masse. Ils gagneront ainsi à se repositionner sur un terrain où le prix devient le facteur déterminant. Quant à leurs distributeurs traditionnels que sont les courtiers et les agents généraux, ils ont intérêt à monter en gamme, et tout particulièrement sur le terrain des pros, privilégiant le moins possible un marché du particulier où tout le monde veut sa part du gâteau ou plutôt de pizza, sauf Google qui a, pour l’heure, revu sa stratégie en la matière, faute de moyen d’être juge et partie.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

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