Moral, vision d’avenir, rapport à la société, au travail, à sa santé. Etc. Pour la troisième année consécutive, le groupe MGEN mène une enquête sur la confiance et le bien-être des Français, réalisée conjointement avec l’institut de la mutuelle belge Solidaris. Alors que le moral des Français était à la hausse de +4 points l’année dernière, la tendance s’inverse cette année puisque le moral est en baisse de -0,8 points. Quel regard portent les Français en 2019 sur leur santé ?

L’indice global de bien-être, qui s’établit sur une échelle de 0 à 100, est passé de 56,5 en 2016 à 60,1 en 2018 pour atteindre 59,3 en 2018. Celui des femmes est à 57,7% quand celui des hommes est à 61,1%. Alors que l’écart s’était amoindri entre 2016 et 2017 entre les hommes et les femmes pour atteindre 1,2 pts, il passe à 3,4 pts sur l’indice global. A noter que la population des moins de 40 ans est la seule qui progresse cette année (de 59,2 à 61,9) quand les 40/59 et les 60 ans et plus observent un recul, de respectivement 2,4 et 3,8.

Le public rural est celui qui souffre le plus, notamment au niveau de sa santé physique mais aussi des conditions objectives de vie. Les urbains se distinguent négativement sur la santé mentale. Au final, il ressort de cette analyse que les péri-urbains sont ceux qui s’en sortiraient le mieux. Les rapports à la mobilité et à l’environnement sont particulièrement expliqués par cet angle d’approche urbain/rural.

Un premier élément se dégage, que l’on peut maintenant qualifier d’annonciateur, le sentiment général d’une société cloisonnée. Cet item était en progression en 2017, malgré l’enthousiasme quasi général. Et il poursuit son augmentation en 2018 pour concerner désormais 36,6% des Français, contre 22,5% 3 ans plus tôt.

La plus grosse évolution cette année (tous items confondus) concerne un item hautement symbolique, celui du sentiment de ne pas avoir les moyens nécessaires pour s’occuper de ses proches quand ils en auront besoin : on était passé de 54.3% à 43.2% entre 2016 et 2017, et on remonte à 58.4% en 2018. Les gens s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants.

La part des gens renonçant à des activités culturelles pour des raisons financières dépasse désormais la part de ceux qui ne sont pas concernés par les activités culturelles (52 % en 2016, 48,3% en 2018 et 42,6% en 2018).

La perception des inégalités avait bénéficié de l’effet de la dernière présidentielle, jusqu’à en diminuer le caractère insupportable (64% en 2017 vs 78.7% en 2016 et 75% en 2018).

Le monde du travail semblait bénéficier en 2017 d’une certaine allégresse, elle aussi retombée en 2018, notamment au travers de la perception de promotions possibles. 81% des Français jugent que les inégalités à l’emploi sont importantes. Les autres formes d’inégalités sont également toutes davantage ressenties en 2018, que ce soit celles entre les genres (78.9% vs 72.5% un an plus tôt), celles d’accès aux soins ou à un enseignement de qualité (72.5% vs 64%).

La non-confiance dans la capacité des gouvernants politiques à agir pour tenter d’améliorer le bien-être concernait 7 personnes sur 10 en 2017, ce qui était une amélioration conséquente par rapport à 2016… qui n’aura duré qu’une année. En 2018, on retourne à près de 8 personnes sur 10. Le regain de démocratie ressenti en 2017 s’étiole à nouveau en 2018.

Les associations obtiennent de moins en moins la confiance des répondants, phénomène qui se marquait légèrement en 2017 mais s’est fort distingué en 2018 : 46% de personnes estimant qu’elles tentent d’agir pour améliorer le bien-être de la population (61% en 2016 et 59.3% en 2017) vs 31.1% qui pensent l’inverse (22.8% en 2016).

Tous les corps intermédiaires (sécurité sociale, enseignement, syndicats, mutuelles…) reculent dans la perception des Français alors qu’ils accordent toujours plus de confiance à leur entourage proche (famille, amis).

La proximité c’est ce qui semble compenser largement le contexte anxiogène. Ainsi, plus de Français ont le sentiment qu’on leur demande leur avis dans les projets qui les concernent au niveau local. C’est une progression de 10 points en 3 ans. Dans la même veine, la difficulté à vivre-ensemble, qui reste néanmoins perçue par plus de 2/3 des Français, diminue petit à petit. Cette tendance se retrouve d’ailleurs dans les résultats de l’item suivant : « la famille est le seul endroit où l’on se sent bien et détendu ».

La question de l’hôpital est régulièrement médiatisée et les chiffres de notre enquête témoignent d’une augmentation croissante de la problématique du temps d’attente, qui touchait ainsi en 2016 la moitié des répondants et désormais les deux tiers. Cela touche également les spécialistes (85.8% déplorent le temps d’attente) avec un écart (+10.3pts) qui se marque sur cette année surtout (2016 et 2017 observaient des scores similaires).

L’analyse des résultats au niveau du renoncement à des soins montre que de plus en plus de gens renoncent aux spécialistes : de 13.8% en 2016 à 20.7% en 2018.

La question des médicaments (prescrits) semble elle aussi problématique puisque la progression des gens y renonçant est constante sur les 3 années pour passer de 6.7% en 2016 à 16.7% en 2018. En outre, ils sont maintenant 43.3% à exprimer des inquiétudes quant à la place que ces dépenses de médicaments prennent dans leur budget (vs 37.2% en 2016).

La santé mentale et notamment les échelles scientifiques que sont le PHQ9 (dépression) et le MSP 10 (stress) sont en lien avec le contexte précédemment décrit, à savoir une amélioration en 2017 qui ne dure malheureusement pas en 2018.

Plus largement sur la question du système de santé adapté aux besoins de la population française, les résultats continuent de diminuer (67,8% en 2016, 68,5% en 2017 et 65,2% en 2018).

Méthodologie : l’enquête a été réalisée en septembre et en octobre 2018, par téléphone et par internet. 1076 personnes ont été interrogées par l’institut Solidaris.

Emmanuel Mayega
A propos de l'auteur

Rédacteur en chef du magazine Assurance & Banque 2.0, Emmanuel a une connaissance accrue de l’intégration des technologies dans l’assurance, la banque et la santé. Ancien rédacteur en chef adjoint d’Assurance & Informatique Magazine, il est un observateur affûté du secteur. Critique, il se définit comme esprit indépendant et provocateur, s’il le faut.

Site web : http://www.assurbanque20.fr

Twitter LinkedIn Google+

Newsletter

Vous n'avez pas le temps suivre l'actualité ? Découvrez nos newsletters gratuites, quotidiennes ou hebdomadaires.

Inscription Newsletter


Le Mensuel

Chaque mois, un regard éclairé et sans concession sur l'actualité de l'Assurance, de la Banque et des Services Financiers.

Découvrir le magazine